La prière pour la demande de pluie (Salât Al-Istisqâ')
Selon l'école maliki:
En quoi consiste la prière pour la demande de pluie
L'Istisqâ' consiste à demander l'eau/la pluie à Allah en raison d'une sécheresse ou autre, au moyen de la prière consacrée. Son statut juridique, son horaire et sa modalité sont identiques à ceux de la prière de l'Aïd, à l'exception du takbîr qui est remplacé par la demande de pardon (al-istighfâr).
Son statut juridique
Son statut est qu'elle constitue une sunna appuyée (sunna mu'akkada), et c'est la dernière dans le rang des sunnas appuyées. Le groupe (al-jamâ'a) est une condition pour qu'elle conserve ce statut de sunna. Ainsi, pour celui qui la manque en groupe, il lui est seulement recommandé (mandûb) d'accomplir la prière individuellement, tout comme il lui est recommandé de rattraper seul la prière de l'Aïd ou de l'éclipse s'il les a manquées. Elle est une sunna pour quiconque est tenu d'accomplir la prière du vendredi, et elle est recommandée (mandûb) pour celui qui n'y est pas tenu.
Son horaire
Son moment commence dès qu'il devient permis d'accomplir les prières surérogatoires (après le lever du soleil d'une hauteur de lance) et s'étend jusqu'au zénith (az-zawâl).
Sa modalité
Elle comporte deux unités de prière (rak'ahs), comme les prières surérogatoires. La récitation s'y fait à haute voix à titre de recommandation (nadb), car il s'agit d'une prière accompagnée d'un sermon (khutba). Or, pour toute prière accompagnée d'un sermon, la récitation se fait à haute voix en raison du rassemblement des fidèles, à l'exception de la prière du jour d'Arafat où la récitation se fait à voix basse car le sermon n'est pas lié à la prière elle-même, mais vise à enseigner les rites. Il est recommandé de réciter après la Fâtihah des sourates telles que Sabbih (Sourate Al-A'lâ) et Wash-shamsi (Sourate Ash-Shams). Elle est suivie de deux sermons, à l'instar de la prière de l'Aïd. Mais à sa différence, il n' y a pas de takbîr supplémentaires dans la prière.
Les causes de la prière de l'Istisqâ' et la règle de sa répétition
La prière de l'Istisqâ' est prescrite (sunna) pour favoriser la pousse des cultures, assurer leur survie, ou pour l'abreuvement des animaux, des êtres humains ou d'autres créatures, face à une soif effective ou pressentie due à l'absence de pluie ou de la crue du Nil, à leur rareté, ou à la diminution du débit d'une source ou son tarissement. Cela s'applique que ceux qui demandent la pluie se trouvent en ville ou dans le désert, qu'ils soient résidents ou voyageurs, et même s'ils se trouvent à bord d'un navire. La prière est répétée sur plusieurs jours — et non au cours d'une même journée — si la pluie ne tombe pas ou si elle tombe en quantité insuffisante.
Déroulement de la prière et des sermons
L'imam et les fidèles sortent dans la matinée (dhuhâ), après l'heure d'autorisation des prières surérogatoires, en marchant vers le lieu de prière extérieur (al-musallâ- terrain vague) avec humilité et soumission. Après la prière, l'imam prononce deux sermons ; il s'assied au début de chacun d'eux et s'appuie sur un bâton tout en se tenant debout sur le sol. Il les exhorte et les avertit en leur expliquant que la cause de la sécheresse réside dans les désobéissances à Allah. Il leur ordonne le repentir, le retour vers Dieu, l'aumône, la bonté et les bonnes œuvres. Il remplace les takbîrs du sermon de l'Aïd par la demande de pardon (al-istighfâr), sans limite de nombre au début du premier et du second sermon.
Ensuite, après l'achèvement des deux sermons, il se tourne vers la Qibla en restant debout, puis il retourne son manteau (ridâ') situé sur ses épaules : il place le côté qui était sur son épaule gauche sur son épaule droite, et celui qui était sur son épaule droite sur son épaule gauche, sans le retourner de haut en bas (c'est-à-dire sans mettre le bord inférieur qui touche les pieds sur ses épaules). Ensuite, il implore ardemment Allah de dissiper l'affliction et la sécheresse, de faire descendre la pluie secourable et la miséricorde, et de ne pas les punir pour leurs péchés. Il ne fait d'invocation individuelle pour personne en particulier. Le fait de retourner le manteau est réservé uniquement aux hommes ; ni l'imam ni les hommes présents ne répètent ce geste une seconde fois. Les hommes présents effectuent le retournement du manteau tout en étant assis, et ils répondent « Âmîn » aux invocations de l'imam avec ferveur.
Il est permis d'accomplir des prières surérogatoires dans le lieu de prière (al-musallâ) après la fin de la prière et des deux sermons.
Les actes recommandés (mandûbât) de la prière de l'Istisqâ'
* Que la sortie se fasse pendant la matinée (ad-dhuhâ).
* Que les personnes s'y rendent à pied.
* Les deux sermons : S'il prononce les deux sermons avant la prière, il est recommandé de les refaire après la prière.
* Le remplacement des takbîrs : Remplacer les takbîrs des deux sermons de l'Aïd par la demande de pardon (al-istighfâr), comme mentionné précédemment.
* Le retournement du manteau : (Tahwîl ar-ridâ').
* Le jeûne : Jeûner quelques jours avant le jour de la prière.
* L'aumône : Donner l'aumône aux pauvres selon ses moyens. L'imam ordonne aux gens le jeûne, l'aumône, le repentir et la restitution des biens injustement appropriés à leurs ayants droit.
* L'accomplissement de l'Istisqâ' pour ceux qui ont reçu de la pluie : Organiser la demande de pluie même pour ceux qui ont reçu une quantité suffisante d'eau, afin de demander l'abondance.
Sources & Références d'ancrage malikite :
* Aqrab Al-Masâlik et Ash-Sharh Al-Kabîr d'Ahmad ad-Dardîr.
* Mukhtasar de Sîdî Khalîl (Bâb Salât Al-Istisqâ').
* Al-Kâfî fî Fiqh Ahl Al-Madîna d'Ibn 'Abd al-Barr.